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RES 73 (2001) - Fascicule 2-3

HARBIN HISTOIRE, MÉMOIRE ET DIFFÉRENCE

sous la direction de Thomas LAHUSEN

Harbin est une des grandes villes du Nord-Est de la Chine, une région connue aussi sous le nom de Mandchourie. Désignant les provinces modernes du Liaoning, Jilin et Heilongjiang, ainsi qu’une portion de la Région autonome de Mongolie, la « Mandchourie » n’a jamais eu droit de cité en Chine. Après son apogée fictive et éphémère entre 1932 et 1945 dans le Manchukuo, autrement dit, le Grand Empire de Mandchourie du « dernier empereur », marionnette des Japonais, cette appellation a été expulsée de la mémoire collective, ne référant qu’à un épisode douloureux et honteux de la longue et glorieuse histoire chinoise. Fondée par les Russes sur l’emplacement d’un village au bord de la rivière Songhuajiang (Sungari en russe), Harbin est le produit d’un projet colonial, celui du Chemin de fer de l’Est chinois, une extension du Transsibérien, reliant la Sibérie de l’Est à Vladivostok, avec une deuxième branche à Dairen et Port-Arthur, sur la mer Jaune. Après la guerre russo-japonaise, le « Sud mandchourien » devint la propriété du Japon, avec le bail de la péninsule du Kwantung. Et pourtant, même si la Mandchourie fut pendant la première moitié du XXe siècle l’enjeu de luttes coloniales, opposant Russes/Soviétiques, Japonais, puissances occidentales et une Chine déchirée, elle n’était pas une colonie comme les autres. Russes, Ukrainiens, Polonais, Lithuaniens, Lettons, Estoniens, Finlandais, Arméniens, Géorgiens, Tatars, Juifs, Japonais, Coréens, etc., plus de cinquante nationalités étrangères parlant quarante-cinq langues vinrent résider à Harbin, dans la zone ex-territoriale le long du chemin de fer, ainsi qu’en d’autres endroits du Nord-Est chinois. Mais beaucoup d’entre eux ne vinrent pas en conquérants. Entre 1917 et 1920, Harbin fut inondée par les réfugiés venant de Russie : sa population russe passa de 34 200 en 1916 à 120 000 en 1922. Au tournant du siècle déjà, nombre de Juifs de l’Empire russe, cherchant une meilleure terre d’accueil après les pogromes des années quatre-vingt, étaient venus s’y établir : les restrictions religieuses, scolaires et professionnelles en vigueur dans l’empire n’étaient pas appliquées à Harbin. Beaucoup de Coréens fuyant les persécutions japonaises dans leur péninsule annexée, résidaient en Mandchourie. Et bien d’autres y trouvèrent refuge. Dans la décennie qui suivit la naissance de la République populaire de Chine, tous ces étrangers rentrèrent chez eux, quand un « chez-soi » existait encore. Beaucoup de colons japonais disparurent dans la tourmente de l’après-guerre. Nombre d’entre eux — des paysans pour la plupart, envoyés par Hirohito peupler les marches de l’empire — furent rapatriés. Souvent, ils quittaient la Mandchourie pour un pays qu’ils n’avaient jamais connu. Beaucoup de ceux qui rentrèrent en Union soviétique après la « libération » de Harbin par l’Armée rouge furent envoyés au Kazakhstan pour y développer les « terres vierges ». Seuls les Coréens de Mandchourie ont conservé une présence distincte avec leur propre Région autonome de Yanbian, dans la province de Jilin. Les autres étrangers se sont embarqués pour des rivages plus lointains : l’Australie, les Amériques, l’Europe ou le Moyen-Orient.

Ce que cette diaspora a en commun, c’est qu’elle ne parvient pas à oublier. Des dizaines de milliers d’anciens habitants de Harbin et de Mandchourie, disséminés dans diverses parties du globe, de Tel-Aviv à la préfecture de Nagano au Japon, de Sidney à San Francisco, de Novosibirsk à Saint-Pétersbourg et Varsovie, se souviennent, continuent à se réunir en associations, à publier des mémoires, et reviennent visiter, quand ils en ont le courage et les moyens, leur « chez-soi » d’antan.

T.L.

À la mémoire du professeur Diao Shaohua, par Sabine BREUILLARD

  • ARTICLES

LAHUSEN Thomas, Se souvenir de la Chine, inventer Israël : mémoires de la différence

WOLFF David, Harbin ou le dernier avatar de la politique impériale russe

ThØGERSEN Stig, Competing Chinese views on the historical role of the Russians in Harbin

RUSNAK Svetlana, N. V. Ustryalov i evraziitsy (texte en russe)

L’Affaire Kaspé revisitée : documents publiés et présentés par Sabine BREUILLARD

BAKICH Olga, Maria Vizi — poèt Rossii, Kitaya i SShA (texte en russe)

MUROAKA Kumiko, Mémoires d’une somnambule

DIAO Shaohua, Kratkii obzor istorii russkoy pechati v Kharbine (texte en russe)

    • À propos de ...

Old photos of Harbin, éd. Li Shuxiao, Beijing, 2000, par Sabine Breuillard

LARUELLE Marlène, Histoire d’une usurpation intellectuelle : L. N. Gumilev, « le dernier des eurasistes » ? : analyse des oppositions entre L. N. Gumilev et P. N. Savickij


  • CHRONIQUE
    • Thèses

Les intellectuels russes en France : la revue la Voie (Put’), revue de la pensée religieuse russe (1925-1940), par Antoine Arjakovsky

La Pologne et sa coopération culturelle avec la France et l’Allemagne : la coopération bilatérale et trilatérale de la Pologne avec ces deux pays entre 1990 et 1998, par Astrid Keller Michaux

La Tchécoslovaquie des Français : perceptions et conceptions des pays Tchèques et de la Slovaquie par les Français de la IIIe République, par Laurent Mercier

La France et l’espace yougoslave : la naissance de la Yougoslavie (1878-1918), par Vojislav Pavlovic

Il’f et Petrov témoins de leur temps, par Alain Préchac

Le rite du mariage en Russie aux XIXe et XXe siècles : terminologie et symbolique, par Martine Roty

Des dramaturgies biélorussiennes à la dramaturgie biélorussienne soviétique : une tragédie de pouvoir, par Virginie Symaniec

La place de l’adjectif épithète en russe moderne, par Emmanuel Toumazou

La quête russe de l’universel : mouvement slavophile et hiérarchie de valeurs socio-communautaire (1825-1855), par Stéphane Vibert

    • Comptes rendus

Aloe Stefano, Angelo De Gubernatis e il mondo slavo : gli esordi della slavistica italiana nei libri, nelle reviste e nell’epistolario di un pioniere, 1865-1913, Pisa, 2000, par Antonia Bernard

Das Individuum und die Seinen : Individualität in der okzidentalen und in der russischen Kultur in Mittelalter und früher Neuzeit, éd. Yuri l. Bessmertny et Otto Gerhard Oexle, Göttingen, 2001, par Angela Rustemeyer

Thomson Francis J., the Reception of Byzantine culture in Mediaeval Russia, Aldershot – Brookfield – Sidney, 1999, par Pierre Gonneau

Kloss B. M., Zhitie Sergiya Radonezhskogo, Moskva, 1998, par Pierre Gonneau

Berelowitch André, la Hiérarchie des égaux : la noblesse russe d’Ancien Régime (XVIe-XVIIe siècles), Paris, 2001, par Pierre Gonneau

Domanski Tadeusz Edward, Epoka powstania listopadowego (l’Époque de l’insurrection de 1830), Lublin, 2000, par Brigitte Gautier

Likhachev Dmitry S., Reflections on the Russian soul : a memoir, trad. Bernard Adams, introd. Miklós Kun, Budapest, 2000, par Roger Comtet

Sergej Tolstoy and the Doukhobors : a journey to Canada : diary and correspondence / Sergey Tolstoy i dukhobortsy : puteshestvie v Kanadu : dnevnik i perepiska, éd. et introd. Andrew Donskov, compil. Tat"jana Nikiforova. Trad. du russe du Journal et des Lettres de Sergej Tolstoy John Woodsworth, Ottawa, 1998, par Michel Niqueux

Weiss Claudia, das Russland zwischen den Zeilen : die russische Emigrantenpresse im Frankreich der 1920er Jahre und ihre Bedeutung für die Genese der Zarubezhnaja Rossija (la Russie entre les lignes : la presse émigrée russe dans la France des années vingt et son importance dans la genèse de la Zarubezhnaja Rossija), Hambourg – München, 2000, par Claudie Weill

Khazan Vladimir, Dovid Knut : sud`ba i tvorchestvo / Dovid Knut : son destin et son œuvre, Lyon, 2000, par Boris Czerny

Pyatye Tynyanovskie chteniya, éd. M. O. Chudakova, Riga – Moskva, 1994 ; Sed’mye Tynyanovskie cheniya : materialy dlya obsuzhdeniya, éd. E. A. Toddes, Riga – Moskva, 1995-1996 ; Shestye – Sed’mye – Vos’mye Tynyanovskie chteniya, éd. E. A. Toddes, Moskva, 1998, par Catherine Depretto

Juvan Marko, Intertekstualnost, Ljubljana, 2000, par Antonia Bernard

Karcevski Serge, Inédits et introuvables, textes rassemblés et établis par Irina et Gilles Fougeron, av.-pr. René L’Hermitte, introd. Irina Fougeron et Jean Breuillard, Leuven (Belgique), 2000, par Jacqueline Fontaine

Kacic Miro, le Croate et le Serbe : illusions et falsifications, collab. Ljiljana Saric, trad. du cr. Samir Bajric, Paris, 2000, par Paul-Louis Thomas

Feuillet Jack, Grammaire synchronique du bulgare, Paris, 1996, par Roger Comtet

Herrity Peter, Slovene : a comprehensive grammar, London – New York, 2000, par Antonia Bernard

Karnoouh Claude, Postcommunisme fin de siècle : essai sur l’Europe du XXIe siècle, Paris, par Patrick Sériot