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The Revue des études slaves : a historical sketch

Historique de la Revue des études slaves

The Revue des études slaves : a historical sketch

Naissance

En 1919, les fondateurs de l’Institut d’études slaves annonçaient la publication d’un organe en langue française qui devait accompagner intellectuellement et scientifiquement leur projet. En mars 1921, paraissait en effet la première livraison de la Revue des études slaves. Elle était administrée par deux directeurs et un secrétaire. Les premiers étaient Antoine Meillet (1866-1936), professeur au Collège de France, et Paul Boyer (1864-1949), professeur à l’École des langues orientales vivantes dont il était aussi l’administrateur ; le troisième était André Mazon (1881-1967), alors professeur à l’université de Strasbourg, élu deux ans plus tard au Collège de France, à la chaire laissée par Louis Leger. La Revue des études slaves annonçait une parution bi-annuelle, à raison d’un tome composé de quatre fascicules.

Le contexte

Une revue prestigieuse dominait alors la slavistique : l’Archiv für slavische Philologie fondée à Berlin en 1874, puis dirigée à Vienne, pendant 45 ans, par le grand slaviste croate Vatroslav Jagić (1838-1923), assisté d’Erich Berneker (1874-1937) et de František Pastrnek (1853-1940). En dépit des travaux des premiers slavistes français (Louis Leger, Ernest Denis, Antoine Meillet, Jules Patouillet, Émile Haumant, André Lirondelle, Jules Legras, Louis Eisenmann, etc.), la slavistique occidentale était d’abord allemande : l’étude des cultures slaves en Allemagne repose sur une longue et prestigieuse tradition, qui remonte au moins au XVIIe siècle. La Première Guerre mondiale, qui aboutit à la constitution d’États slaves indépendants, favorisa l’éclosion quasi simultanée de plusieurs organes de slavistique. C’est ainsi qu’en 1921 naît, outre la Revue des études slaves, la revue polonaise Slavia occidentalis (Poznań). L’année suivante voit la fondation de la revue praguoise Slavia, celle de la revue britannique The Slavonic Review, continuée en 1928 par The Slavonic and East European Review (University College London), celle aussi de la revue américaine The Slavic Review (université de l’Illinois à Urbana-Champaign). En 1924, Max Vasmer fonde Zeitschrift für slavische Philologie et, sous l’impulsion de Louis Eisenmann (1869–1937), renaît le Monde slave, qui avait paru durant un an de 1917 à 1918.

L’objet

Dans son numéro inaugural, la Revue des études slaves, sous la plume d’Antoine Meillet, revendiquait une place somme toute modeste, mais originale. Meillet précisait : « Il ne s’agit pas de remplacer l’Archiv für slavische Philologie que M. Jagić dirigeait avec une si haute autorité, recueil inestimable de grands mémoires originaux et de comptes rendus critiques. » Il assignait en revanche à la revue française deux missions :
- rapprocher les Slaves en leur montrant ce qui les unit ;
- devenir le passeur de la culture slave en France. Si la première mission, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avait une dimension géopolitique qui n’est plus de saison, la seconde est toujours celle de la Revue des études slaves. Son champ propre est la culture de tous les Slaves. La revue est orientée prioritairement – mais sans exclusivité – vers les humanités : philologie, linguistique, littérature, histoire, histoire de l’art, etc. Comme le souhaitait Antoine Meillet, la revue a gardé « un caractère à la fois général et purement scientifique ».

Quatre-vingt-dix ans

Au cours des quatre-vingt-dix années de son existence, la Revue des études slaves, devenue trimestrielle et toujours formée de quatre fascicules par tome annuel, a paru régulièrement, à l’exception, toutefois, de deux passages difficiles. Le premier a une cause extérieure évidente : c’est la Seconde Guerre mondiale. En dépit de difficultés considérables, Paul Boyer, André Mazon et André Vaillant parvinrent à publier deux minces volumes : l’un en 1942, l’autre en 1944. Le second, lié à une grave crise de financement, commence après le tome 48 de 1969, en dépit des efforts considérables et du dévouement de ses secrétaires : Jacques Lépissier et José Johannet, puis du seul José Johannet. La Revue ne paraît pas en 1970, 1971 et 1972. Le tome 49 paraît en 1973, puis à nouveau, la Revue cesse de paraître en 1974, 1975 et 1976. À ces difficultés s’ajouta à partir de 1973 le désengagement de l’Imprimerie Nationale qui, jusque-là, assurait la composition des numéros à partir de dactylogrammes et aussi de manuscrits. La Revue dut alors assurer seule sa composition et se doter d’une équipe chargée de sa réalisation technique. L’année 1977, avec la parution du tome 50, marque la sortie de la crise. Cette renaissance s’affiche visuellement par l’abandon de la traditionnelle couverture grise (1921-1973) pour une couverture de ton brique (1977-1985). La gouvernance est profondément remaniée. La Revue se dote d’un comité de direction étoffé : Jean Bonamour, René Girault, José Johannet, Yves Millet. Ce comité est assisté d’un secrétaire particulièrement actif : Jean Saussay, malheureusement très vite emporté par une maladie foudroyante. La RES se dote alors d’un secrétariat de rédaction permanent, instrument qui lui manquait jusque-là. Après la mort d’André Vaillant (1977), le comité de direction (1979) crée un secrétariat constitué de Jacques Catteau (pour les articles) et de Michel Mervaud (pour la chronique bibliographique). Rédacteur en chef (1984), puis directeur (1990) après le départ d’Yves Millet, Jacques Catteau impulse par son dynamisme et son dévouement le redémarrage de la Revue, qui, à l’exception de 1980, paraît désormais chaque année, sous une couverture de ton ivoire à partir de 1986, avec des livraisons dont le volume est nettement supérieur à celui des années antérieures. Jusqu’en 2008 (t. 79), Jacques Catteau dirige la Revue qu’il marque de sa forte personnalité.

La Revue des études slaves a connu deux changements majeurs. Le premier concerne la chronique bibliographique, qui commença à paraître dès le 2e fascicule du tome premier. Les auteurs des comptes rendus étaient au départ une poignée : Antoine Meillet, André Mazon, Henri Grappin, André Vaillant, Lucien Tesnière, Léon Beaulieux. Ils couvraient à eux seuls les domaines russe, petit-russe (sic) et blanc-russe (sic), tchèque et slovaque, polonais, sorabe, 
serbo-croate, slovène, 
bulgare. Le volume occupé par la chronique croîtra régulièrement au fil des ans, jusqu’à son apogée en 1977. Cette année-là, la totalité du fascicule 2 est occupée par la chronique relative au domaine russe et soviétique (linguistique, littérature, histoire des idées, histoire de l’art). La plus grande part du fascicule 3 est consacrée aux domaines non russes. L’ensemble des auteurs de comptes rendus dépasse alors la quarantaine et vise au signalement de toute la production en études slaves. En 1978, face à une chronique qui ne cessait de croître en volume et menaçait les autres missions de la Revue, les deux directeurs, Jean Bonamour et René Girault, assistés de leur comité (José Johannet, Yves Millet, Jacques Veyrenc), résolurent d’y mettre fin (t. 51, 1978). C’était une décision raisonnable et courageuse, qui prenait acte des nouveaux outils de signalisation bibliographique. La chronique bibliographique d’aujourd’hui n’a plus le caractère systématique qu’elle avait avant 1978.

Peu de temps après se dessine un autre changement d’importance : la publication de numéros thématiques. Le premier est le tome 52 (1979), dont trois fascicules sont thématiques, suivi du tome 53, dont un fascicule était thématique. Le champ couvert était large : histoire (Munich 1938 : mythes et réalités), histoire des idées (Autour des slavophiles), linguistique (L’emprunt dans les langues slaves), littérature (Nicolas Evreïnov, apôtre de la théâtralité). Un autre fascicule thématique est publié en 1987, avec le numéro Alexandre Pouchkine. Mais c’est véritablement avec Jacques Catteau, qui assure pleinement la direction de la Revue des études slaves à partir de 1990, que le principe de la publication systématique de numéros thématiques prend corps, à raison de deux – parfois trois – fascicules par an, les autres étant réservés aux articles non thématiques. Cette innovation a remodelé en profondeur le visage de la Revue.

La Revue des études slaves aujourd’hui

Dans la lignée des innovations apportées par Jacques Catteau, la Revue des études slaves, dont la gouvernance, fixée par des statuts, repose sur le principe de la cooptation, s’est associé le concours d’éminents slavistes étrangers, membres de son conseil scientifique : Gail Lenhof (UCLA), Werner Lehfeldt (Georg-August Universität Göttingen), Andreas Schönle (University of London).

La présentation a gagné en lisibilité. Les résumés des articles sont publiés systématiquement en fin de volume en deux langues, dont l’une est obligatoirement l’anglais. La visibilité sur Internet a été considérablement accrue ; la rubrique « Revue des études slaves », sur le site du Centre d’études slaves, contient un grand nombre d’informations, et en particulier les sommaires de tous les numéros. D’autre part, une convention signée avec Persée permettra la consultation en ligne de tous les articles publiés depuis plus de cinq ans, avec l’autorisation expresse des auteurs. Cette mise en ligne a été inaugurée le 13 mai 2011. Elle permettra aussi des recherches automatiques. Notons que le souci de la signalisation a été présent dès le début de la Revue, manifesté par la publication de deux précieux index : en 1949, index réalisé par Tatiana Bakounine pour les tomes 1 à 21 ; en 1957, index réalisé par Mmes Alexandre et Vlasta d’Hermies et par Étienne Decaux et Nikita Struve, pour les tomes 22 à 31. Les sommaires de l’ensemble des tomes sont accessibles sur les pages du site du Centre d’études slaves dédiées à la Revue.

Dans un environnement marqué par la multiplication des revues scientifiques monodisciplinaires, où se dilue la cohérence géoculturelle, la Revue des études slaves s’affirme comme résolument pluridisciplinaire, soucieuse de faire dialoguer les différentes approches autour d’un même ensemble, en l’occurrence les cultures slaves. Aujourd’hui comme hier, elle a le souci d’être, dans le monde francophone, un haut lieu de recherches apte à faire connaître l’ensemble des cultures du monde slave. C’est dans la fidélité à cette mission définie par ses fondateurs qu’elle voit le gage le plus sûr de son développement.


The Revue des études slaves : a historical sketch

Birth

In 1919, the founders of the Institut d’études slaves [Institute of Slavic Studies] announced the publication of a journal which was to accompany scientifically their project. In March 1921 was published the first issue of the Revue des études slaves. It was administered by two directors and a secretary. The former were Antoine Meillet (1866-1936), professor at the College de France, and Paul Boyer (1864-1949), professor at the School of Oriental Languages and in addition its director ; the latter was André Mazon (1881-1967), professor at the University of Strasbourg, who would join two years later the College de France, appointed to the chair left by Louis Leger. The Revue des études slaves announced to be a bi-annual publication.

The context

A prestigious journal then dominated Slavic studies in Western Europe : Archiv für slavische Philologie, founded in Berlin in 1874, then headed in Vienna for 45 years by the the great Croat slavist Vatroslav Jagić (1838-1923), assisted by Erich Berneker (1874-1937) and František Pastrnek (1853-1940). Despite the efforts of numerous early French slavicists (Louis Leger, Ernest Denis, Antoine Meillet, Jules Patouillet, Émile Haumant, André Lirondelle, Jules Legras, Louis Eisenmann, etc.), slavic studies were still almost exclusively German : the study of Slavic cultures in Germany had indeed a long and prestigious tradition, dating back at least to the seventeenth century. World War I, which led to the establishment of independent Slavic states, favored the almost simultaneous outbreak of several periodical organs of Slavic studies. Thus appeared in 1921, besides the Revue des études slaves, the Polish magazine Slavia occidentalis (Poznań). The following year were founded the Czech journal Slavia (Prague), the British The Slavonic Review, continued in 1928 by The Slavonic and East European Review (University College of London), and The American Slavic Review (Illinois in Urbana-Champaign). In 1924 Max Vasmer founded Zeitschrift für slavische Philologie. The same year, under the leadership of Louis Eisenmann (1869-1937), reappeared le Monde slave [The Slavic World], which issued for one year from 1917 to 1918.

The purpose

In the inaugural issue, Antoine Meillet claimed a relatively modest, but original place. Meillet stated : « The aim is not to replace Archiv für slavische Philologie, headed by Mr. Jagić with such a high authority, a collection of priceless originals and great critical reviews. » He assigned to the French magazine two missions :
- bring together the Slavs around their existing common culture ;
- be the conveyor of Slavic culture in France.

In the context of the twenties, the first mission had a slight geopolitical significance. But the second task is still actual. The field covered by the Revue des études slaves is indeed the culture of all Slavs. The journal is devoted primarily – but not exclusively – to the Humanities : philology, linguistics, literature, history, art history, etc. According to Antoine Meillet’s wish, the magazine has maintained « a character both general and purely scientific. »

Ninety years

Over the ninety years of its existence, the Revue des études slaves, which became quarterly and still consists of four issues per year, was published regularly, except, however, at two difficult periods. The first one had an obvious external cause, i.e. the Second World War. Despite considerable difficulties, Paul Boyer, André Vaillant and André Mazon managed to publish two tiny volumes : one in 1942 and another in 1944. The second difficult passage, directly related to a serious funding crisis, began after vol. 48 (1969), despite considerable efforts of the secretaries Jacques Lépissier and José Johannet. The journal was not published in 1970, 1971 and 1972. Volume 49 was published in 1973, then again, no issues in 1974,1975 and 1976. These difficulties were enhanced from 1973 because of the disengagement of the Imprimerie Nationale, which hitherto assured the implementation from typescripts and manuscripts. The journal then had to develop its own technical team. 1977, with the publication of vol. 50, marks the release of the crisis. This renaissance is visually displayed by the giving up of the traditional grey cover (1921-1973) for a purple one (1977-1985). Its governance was redesigned. The journal adopted an expanded editorial board : Jean Bonamour, René Girault, José Johannet, Yves Millet. This committee was assisted by a particularly active secretary : Jean Saussay. The RES created a tool that was missing until now : a permanent technical secretariat. After the death of André Vaillant (1977), the board (1979) was composed of Jacques Catteau (articles) and Michel Mervaud (review). First as an editor (1984) and then succeeding Yves Millet as director (1990), dynamic Jacques Catteau managed to restart the magazine, which, except in 1980, was now published every year, with an ivory cover from 1986 on. Delivered issues have a significantly higher volume. Jacques Catteau headed the journal up to 2008 (vol. 79).
The Revue des études slaves has undergone two major changes. The first is the review, which began to appear in in volume 1. The authors were initially very few : Antoine Meillet, André Mazon, Henri Grappin, André Vaillant, Lucien Tesnière, Léon Beaulieux. They covered almost the entire slavic scientific literature : Russian, Ukrainian, Byelorussian, Czech and Slovak, Polish, Sorbian, 
Serbo-Croatian, Slovenian, 
Bulgarian. The volume occupied by the chronic steadily grew over the years until its peak in 1977. That year, the entire second issue was devoted to the review in the Russian field (linguistics, literature, history, philosophy, history of art). The largest part of the third issue was devoted to non-Russian areas. More than forty authors were anxious to inform of the whole production in Slavic studies. In 1978, facing the bibliographical chronicle, which continued to grow in volume and threatened the other missions of the journal, the two directors, Jean Bonamour and René Girault, assisted by their board (José Johannet, Yves Millet, Jacques Veyrenc), decided to stop it (vol. 51, 1978). It was a courageous decision, which took into account the new signaling tools. The today-chronicle has no longer the systematicity it had before 1978. Shortly after, another important change is taking place : the publication of thematic issues.
The first of them is volume 52 (1979), whose three issues are thematic It was followed by volume 53, whose one issue was thematic. The coverage was wide : history (« Munich 1938 : Myths and Realities »), history of ideas (« Around Slavophiles »), language (« Loan-words in Slavic languages »), literature (« Nicolas Evreynov, the apostle of theatrality »). Another thematical issue is published in 1987, devoted to Alexander Pushkin. But it was really from 1990 on, with Jacques Catteau, head of the Revue des études slaves, that the thematic issues were published annualy, with two – sometimes three – issues a year. This innovation has deeply reshaped the face of the journal.

The Revue des études slaves today

In line with the innovations made by Jacques Catteau, the Revue des études slaves, which governance, set by statutes, is based on the principle of cooptation, cooperates with foreign members of his scientific board : such as prominent slavists Prof. Gail Lenhof (UCLA), Prof. Werner Lehfeldt (Georg-August Universität Göttingen) and Prof. Andreas Schönle Andreas (University of London).
The format of the magazine was improved. Abstracts are published in two languages, one of which must be English. Visibility on the Internet was significantly improved : section « Revue des études slaves », hosted by the Centre d’études slaves [Slavic Research Center] site, contains a lot of information and in particular, the summaries of all the issues.
Besides, an agreement signed with Persée will soon allow free online access to all articles published over the last five years, with the express permission of the authors. This setting online started on May 13th 2011. It will also facilitate automatical search. It is worth noting that interest in signaling literature is a constant feature of the Revue des études slaves, as seen in the publication of two useful indexes : in 1949, indexes compiled by Tatiana Bakunin covering issues 1 to 21 ; in 1957, indexes created by Ms. Alexander and Vlasta d’Hermies with the collaboration of Étienne Decaux and Nikita Struve, covering issues 22 to 31. Summaries of all the volumes are available on the website dedicated to the journal.
In an environment marked by the increasing number of mono-disciplinary scientific journals, with the risk of losing sight of the areal and geocultural reality, the Revue des études slaves remains resolutely multidisciplinary, promoting cross-approaches of Slavic cultures. Today as yesterday, the aim of the Revue des études slaves is to be, in a francophone world, a tool to deal with all Slavic cultures. Faithfulness to the mission set by its founders is for the Revue des études slaves the surest guarantee of its future.