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LES ÉTUDES SLAVES

par André MAZON

(La Science française, nouv. éd., Paris, Larousse, [1933])

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I. — LES ÉTUDES SLAVES EN FRANCE AVANT 1840

C’est à la fin de l’année 1840 que les études slaves ont eu chez nous leur place marquée dans les cadres du haut enseignement : au Collège de France. Le ministre qui prenait cette initiative, Victor Cousin, ne s’inspirait pas seulement en faveur d’un grand poète exilé, Adam Mickiewicz, d’une pensée à la fois humaine et politique, mais encore et surtout de la conscience du rôle traditionnel dont s’honore le Collège : ouvrir la vue sur des horizons nouveaux. Une institution de notre pays se trouvait ainsi appelée, la première en Occident, et avant même les Universités de Berlin et de Vienne, à donner l’exemple d’un enseignement s’étendant à l’ensemble du monde slave. Vaste domaine que les Russes eux-mêmes étaient en train de découvrir grâce aux voyages d’études de leurs futurs slavistes, et dont, à travers les travaux de Schlœzer et de Karamzine, de Dobrovský et de Vuk Karadžić, l’Europe latine et germanique commençait à saisir l’unité et l’importance.
Ce monde slave, certes, les Français ne le connaissaient guère. Mais ils l’ignoraient moins qu’on ne l’a dit souvent, et leur bonne volonté à s’en instruire ne faisait pas question. Des observateurs au coup d’œil sûr, à défaut de savants, avaient tenu leur curiosité en haleine depuis plus de trois siècles : voyageurs, soldats, diplomates, hommes de lettres, et l’on ne saurait sans injustice sous-estimer la part de défrichement qui revient à ces travailleurs improvisés, si divers d’intelligence et de savoir, mais dont l’apport, riche d’expérience et de vie, a préparé la tâche de ceux qui devaient leur succéder dans le même champ d’études. Quelle déposition plus saisissante sur la Russie de 1590 à 1606 que celle du Bourguignon Margeret, commandant les gardes du faux Dimitri ? Et qui ne sait le prix, pour l’histoire de la société russe de Catherine à Nicolas Ier, des témoignages tantôt polis, tantôt rudes et mordants, que nous devons à Voltaire, Diderot, Falconet, Chappe d’Auteroche, Masson, Ségur, Joseph de Maistre, Custine enfin ? Ce sont là comme autant de documents d’une rare qualité et qui gardent aujourd’hui toute leur valeur. Il en est de même pour la Bohême des notes de Charles Patin et pour la Pologne de celles de Guillebert de Lannoy, pour l’Ukraine des « descriptions » du sieur de Beauplan, pour les Slaves des Balkans des excellentes relations de voyage de Pouqueville.
Mais, à côté de ces passants distingués, quelques Français curieux et persévérants s’étaient attachés à acquérir une connaissance plus directe et plus précise de telle ou telle province du monde slave. Qu’il suffise de rappeler, entre nombre d’autres livres : la première grammaire polonaise publiée en 1568, à Cracovie, par le calviniste Pierre Statorius (Gallus) ; la Cosmographie moscovite d’André Thevet (chapitre de la Cosmographie universelle de 1575, réédité en 1858 par le prince Augustin Galitzin) ; l’Origine du soulèvement des Cosaques contre la Pologne, par Linage de Vauciennes (1674) ; le Casimir, roi de Pologne, de Rousseau de la Valette (1679) ; l’Histoire du Concile de Constance, du pasteur Jacques Lenfant (1714), et l’Histoire de la guerre des Hussites, du même auteur (1729) [avec le Supplément à la guerre des Hussites de M. Lenfant, d’Isaac de Beausobre, 1745] ; le traité Du gouvernement et des lois de la Pologne, de Mably (1790) ; l’Histoire de l’anarchie de Pologne, de Rulhière (1870) ; l’Histoire de Russie et des principales nations de l’Empire russe, de Levesque (1782), continuée par Malte-Brun et Depping (1812), que Karamzine avait en estime ; l’Histoire physique et morale, civile et politique de la Russie ancienne, de Leclerc (1787) ; le Voyage en Autriche ou Essai géographique et statistique sur cet empire, de Marcel de Serres (1814) ; l’Essai d’une statistique générale de l’empire de Russie accompagnée d’aperçus historiques (1829) et la Russie, la Pologne et la Finlande, de J.-H. Schnitzler (1835) ; les Grammaires de la langue russe, de Charpentier (1768), de Maudru (1802), d’Hamonière (1817), et surtout l’Histoire de la langue et de la littérature des Slaves, Russes, Serbes, Bohèmes, etc., de G.-G. Eichhoff (1839). C’en serait assez de ces derniers travaux pour attester que certains esprits bien avisés avaient compris la nécessité de posséder d’abord les langues, faute desquelles tout effort de recherche personnelle demeurait impossible.
Les premiers traducteurs, souvent des étrangers, avaient commencé, il est vrai, à jeter quelques ponts entre les pays slaves et le nôtre, mais en si petit nombre : les Satires du prince Cantemir, avec l’histoire de sa vie (1749), des morceaux choisis de Trédiakovski, de Lomonosov et de Soumarokov, par Pappadopoulo (1800 et 1801) ; la Pauvre Lise, de Karamzine (1808) ; le recueil des Romans du Nord, de Coiffier (1808) ; l’Anthologie russe, de Dupré de Saint-Maure (1823) ; les Fables russes, de Krylov, imitées en vers français et italiens par divers auteurs et publiées par le comte Orlov (1825) ; l’Histoire de Russie, de Karamzine, traduite par Saint-Thomas et Jauffret (1819-1826) ; une anthologie poétique, où Pouchkine tient la plus grande place, par Paul de Julvécourt (1837) ; la Chronique de Nestor, par Louis Paris (1834) ; et, d’autre part, les Chefs-d’œuvre du théâtre polonais, d’Alphonse Denis (1823), et les Chants populaires des Serviens, traduits d’après Talvj par Élise Voïart (1834), auxquels il faut bien joindre le charmant recueil de Mérimée, la Guzla (1827), qui témoigne autant du goût des lecteurs pour un certain exotisme que de l’ingéniosité du mystificateur.

II. — L’ENSEIGNEMENT DU COLLÈGE DE FRANCE

Le moment était venu pour les Français, après tant de leçons dispersées, d’une initiation méthodique et continue. Il ne manquait, parmi eux, qu’un travailleur qualifié pour en prendre la charge. Ce leur fut une bonne fortune et un honneur d’être secourus dans leur embarras par le plus illustre poète de la Pologne : Adam Mickiewicz. L’initiation donnée par un pareil maître ne pouvait être, à vrai dire, que toute poétique et un peu aventureuse, et elle le fut en effet. L’enseignement de la « langue et la littérature slave » (sic) se trouva associé, en cette période de début, à la cause des nations qui attendaient leur libération, à l’exaltation d’une race, au messianisme. La parole de Mickiewicz apportait à Edgar Quinet et à Michelet comme un écho lointain de leur propre pensée ; elle était pour eux la plainte des peuples et un hymne d’espoir. Une amitié vraie réunit ces trois hommes, si bien qu’on ne saurait comprendre leur action, à cette époque de fièvre, sans les considérer ensemble ainsi qu’une trinité. Mais, pour grande que fût cette action, il s’agissait là moins de slavistique que de slavisme, et de fait ce ne fut pas l’introduction qu’il imaginait à l’étude des Slaves que Mickiewicz écrivit alors, mais l’un des chapitres les plus originaux de l’idéologie slave à l’apogée du romantisme, synthèse étrange de sentiments patriotiques et de sentiments humanitaires, et qui présentait comme solidaires l’un de l’autre l’avenir de l’humanité et celui de la Pologne. Son cours, publié en entier en 1849, nous reste comme un épisode de quatre années (1840-1844) qui compte plus dans l’histoire du sentiment slave et dans celle du mouvement européen de 1848 que dans l’organisation de nos études.
À ce début, dont l’éclat dépassait le but précis du nouvel enseignement, une période plus effacée devait succéder. Ce fut celle d’un apprentissage qui dura quelque quarante ans. Deux maîtres se la partagèrent comme chargés de cours au Collège de France :
Cyprien Robert, de 1845 à 1857, et Alexandre Chodzko, de 1857 à 1883. Avec le premier, les Slaves des Balkans apparaissent sur la scène : la littérature illyrienne est à l’honneur, et le professeur, qui était un voyageur intrépide, y joint des vues nettes sur la situation politique et l’avenir des Slaves. Avec le second, orientaliste distingué et slaviste un peu improvisé, les Polonais, les Russes et les Tchèques prennent la place qui leur revient, sans évincer pourtant les Slaves du Sud à qui il est encore fait bonne part. Mais un souci, visiblement, est commun à Cyprien Robert et à Alexandre Chodzko : développer, dans la mesure de leurs moyens, la connaissance des langues et la pratique des textes. Ils instaurent des explications d’auteurs ; ils inscrivent chacun dans leur programme l’étude du vieux slave, que l’un appelle « slavon » et l’autre « paléoslave ». Tous deux poursuivent successivement le même effort : ils s’emploient à ramener à terre, dans le champ de disciplines déterminées, l’enseignement que Mickiewicz avait fait planer en plein ciel, et ils s’orientent naturellement vers les voies les mieux frayées, celles de la linguistique et de la philologie. Telle est aussi la direction où s’engagera résolument, à partir de 1885, le premier titulaire de la chaire virtuellement fondée en 1840 : Louis Leger. Il avait sur ses devanciers l’avantage de s’être de bonne heure donné tout entier aux études slaves. Il s’était formé seul à force de lectures, de voyages et de relations directes avec les savants des pays slaves. Mais sa formation, tout en s’adaptant à une aire singulièrement étendue, gardait l’unité d’une discipline. Il appartenait à la génération à laquelle nous devons la renaissance des études de linguistique et de philologie dans notre pays, celle de Michel Bréal, de Louis Havet, de Gaston Paris : il faisait partie du groupe qui avait fondé la Société de linguistique, et il en avait été l’un des premiers présidents ; par son tempérament il était philologue, au sens large du mot. C’est grâce à lui que renseignement de la slavistique au Collège de France deviendra essentiellement un enseignement de philologie slave.
Savant et professeur, il avait fait ses preuves avant que le Collège ne l’appelât à lui. Sa thèse était consacrée, dès 1868, au problème des origines de la littérature vieux-slave : il étudiait l’œuvre de Cyrille et de Méthode. L’École des langues orientales vivantes, en 1874, lui avait confié le soin d’inaugurer l’enseignement du serbo-croate (avec addition du russe à dater de 1876). Il apportait en 1884 une traduction, avec introduction et commentaire, du manuscrit le plus important de la Russie médiévale, la Chronique de Nestor, et la liste était déjà longue de ces livres destinés au grand public, par lesquels il devait si bien préparer « l’honnête homme » de notre temps à s’intéresser de manière de plus en plus approfondie à la connaissance du monde slave. Un slaviste véritable était là, et qui avait compris la double tâche de science et de vulgarisation que lui imposait son rôle d’initiateur. Le savant avait le coup d’œil sûr, l’esprit critique, un bon sens qui n’était jamais en défaut, certaine verve un peu rude et le goût de la science vivante. Il tenait à son indépendance et à son franc parler : qu’il traitât soit des dieux imaginaires de la mythologie slave, des manuscrits faux de Hanka ou du Véda slave de Verković, soit des Ukrainiens de Galicie ou des Bulgares de Macédoine, on ne devait jamais le voir dupe ni complaisant. L’homme avait le sentiment des réalités et le désir de faire œuvre utile : il savait que, pour acclimater les études slaves en France, un dernier défrichement était encore nécessaire, et, réduisant volontairement sa part de travail original et proprement scientifique, il s’était voué à cette tâche. Il ne pouvait rendre à nos études un service plus grand.

III. — L’EFFORT SPONTANÉ

Cependant, de 1840 à 1870, alors qu’un premier foyer d’enseignement s’organisait au Collège de France, la curiosité des choses slaves avait continué à croître spontanément, favorisée à la fois par des initiatives individuelles et par le cours des événements politiques. Protectrice à l’époque de la Restauration, défiante, sinon même hostile, après la révolution de 1830, ennemie en 1855, la Russie ne cessait de poser à l’opinion de redoutables problèmes. Les Slaves d’Autriche-Hongrie et de Turquie, de leur côté, en appelaient à cette opinion ; les émigrés polonais s’évertuaient, eux aussi, à l’émouvoir, et, à côté d’eux, avec toute l’autorité de Herzen, les premiers révolutionnaires russes. L’autocratie, le sort de la Pologne, le réveil des nationalités en Autriche et en Hongrie, la question d’Orient étaient à l’ordre du jour. Le flot des livres et des brochures allait toujours montant, considérablement enflé par les diverses propagandes. Mais, si l’on néglige l’œuvre de publicistes à la plume aisée comme Léouzon-le-Duc et Xavier Marmier, ou les ardentes improvisations de George Sand sur les guerres religieuses en Bohême, ou la compilation brillante de Lamartine sur l’histoire de la Russie (1855), ce flot ne nous a laissé en fin de compte qu’un petit nombre d’ouvrages originaux. Ce sont, dans le domaine russe, la suite des admirables enquêtes sur l’histoire contemporaine et sur l’organisation sociale de la Russie conduites par l’Alsacien J.-H. Schnitzler, intelligence vigoureuse et claire, le précurseur et sans doute l’inspirateur d’Anatole Leroy-Beaulieu (Histoire intime de la Russie sous les empereurs Alexandre et Nicolas, 1847 ; la Russie ancienne et moderne : histoire, description, mœurs, 1855 ; l’Empire des tsars, 1856-1859, et Institutions de la Russie, 1866), et le petit volume où Gallet de Kulture caractérise d’un trait net et profond le régime de Nicolas Ier (le Tsar Nicolas et la Sainte Russie, 1855). Ce sont, d’autre part, pour la Bohême, les Réformateurs avant la Réforme (XVe siècle) : Jean Hus et le Concile de Constance (1846), d’Émile de Bonnechose ; — pour la Pologne, l’Histoire de la Pologne (1863), que la lecture de Lelewel et la fréquentation des émigrés polonais ont inspirée à Charles-François Chevé, et Henri de Valois et la Pologne en 1572, du marquis de Noailles (1867) ; — pour les pays slaves du Sud, la Turquie d’Europe (1840) et le Recueil d’itinéraires dans la Turquie d’Europe (1854), d’Ami Boué ; le Voyage en Bulgarie, de Blanqui (1843) ; les Provinces danubiennes, de J.-M. Chopin (1856) ; — enfin, pour l’ensemble de nos études, la description des Manuscrits slaves de la Bibliothèque impériale de Paris, par le P. Martinov (1858).
Ce n’est qu’après 1870 que l’on voit, pour la première fois, quelques jeunes Français se consacrer aux études slaves dès le début de leur carrière et aller chercher dans les pays slaves mêmes le complément spécial d’une solide formation universitaire. Louis Leger leur avait donné l’exemple : en 1872, Anatole Leroy-Beaulieu et Alfred Rambaud se trouvaient en même temps que lui en Russie ; Ernest Denis faisait trois séjours à Prague, de près d’une année chacun, de 1872 à 1875. De leur côté, de jeunes agents des services diplomatiques et consulaires, ayant le bon esprit de s’intéresser au pays où ils résidaient, donnaient à ces mêmes études la meilleure part de leur ardeur intellectuelle : Saint-René Taillandier en Bohême, Émile Picot en Hongrie, Auguste Dozon dans les Balkans, le vicomte Eugène Melchior de Vogué à Saint-Pétersbourg. Ainsi ceux qui devaient, dans des domaines différents, accomplir une œuvre féconde se préparaient à leur tâche de spécialistes par une expérience directe et vivante.
C’est à la Russie que ces pionniers donnèrent la plus belle part de leur activité. Chacun d’eux avait, par bonheur, son orientation personnelle. L’un d’eux, Alfred Rambaud, était arrivé à l’histoire russe par une voie sûre, celle de l’histoire byzantine où déjà il avait affirmé sa maîtrise (l’Empire grec au Xe siècle : Constantin Porphyrogénète, 1870). En trois années il publiait trois ouvrages, dont les deux premiers au moins marquent une date dans nos études : la Russie épique (1876), cet essai brillant que l’on relit encore avec profit, et l’Histoire de Russie jusqu’à l’année 1877 (1878), la première en notre langue qui repose sur une large documentation et soit l’œuvre d’un véritable historien ; un troisième livre, Français et Russes, Moscou et Sévastopol (1877), suivi, treize ans plus tard, des deux volumes du Recueil des instructions données aux ambassadeurs de France en Russie (1890), dernier apport de ce russisant de haut mérite que, malheureusement pour les études russes, l’histoire générale devait, par la suite, prendre tout entier. Moins historien à proprement parler qu’observateur pénétrant des institutions et de la vie sociale, Anatole Leroy-Beaulieu envoyait à la Revue des Deux Mondes les articles d’où devait sortir l’Empire des tsars et les Russes (1881-1889), l’œuvre à la fois la plus pleine et la mieux équilibrée qui ait été consacrée à la structure de la Russie moderne et plus particulièrement de la Russie d’Alexandre II, véritable somme qui relègue à l’arrière-plan les autres études du même auteur : l’excellente monographie inspirée par Milioutine, Un homme d’État russe (1884), et la France, la Russie et l’Europe (1888). Enfin le vicomte Eugène-Melchior de Vogüé, jeune secrétaire d’ambassade à Saint-Pétersbourg, qui venait de s’affirmer comme un écrivain de race par une série de nouvelles et d’évocations historiques, rassemblait dans le Roman russe (1886) ses correspondances littéraires de la Revue des Deux Mondes. Ce fut là comme une révélation et même une sorte de manifeste : révélation d’œuvres originales et fortes jusqu’alors connues seulement de quelques lettrés, et manifeste en faveur d’un réalisme pénétré d’humanité et d’idéalisme contre un naturalisme insensible et vide. Ce livre venait à son heure : aux essais habiles, mais improvisés, de Mérimée, qui savait mal le russe, à la critique divinatrice d’Ernest Dupuy et plus tard d’Émile Hennequin, fondée seulement sur des traductions médiocres, il apportait le secours d’un témoignage direct et décisif. Le rayonnement du Roman russe a pu être comparé avec raison à celui de l’Allemagne de Mme de Staël.
La Bohême n’attire à elle, après Louis Leger et Saint-René Taillandier, qu’un seul Français de cette génération, mais historien véritable, animé d’une grande pensée, et qui devait donner à l’histoire de ce pays la meilleure part de sa vie : Ernest Denis. Nul n’était mieux préparé que ce nouveau venu, formé par l’austère tradition du protestantisme nîmois, à saisir la grandeur de Jan Hus et du hussitisme, et tel fut précisément l’objet de la thèse qu’à son retour de Prague il soutint en Sorbonne, dans une atmosphère quelque peu orageuse : Hus et la Guerre des hussites (1876), ouvrage vieilli sans doute, mais que la probité et l’ardeur de son auteur défendent contre l’oubli. C’était la première des étapes principales qui divisent les quarante-huit années de travail d’Emest Denis : elle sera suivie de la Fin de l’indépendance bohême (1890), de la Bohême depuis la Montagne blanche (1903), de la Question d’Autriche et les Slovaques (1917), ouvrage écrit pendant la guerre et destiné au grand public. Et ainsi s’achève une œuvre solidement documentée, fortement pensée et d’une belle unité d’inspiration, qui embrasse l’histoire tchèque depuis le début du XVe siècle jusqu’à la fin du XIXe. Défiant des généralisations hâtives de l’époque romantique, participant aux scrupules de la méthode critique dont s’honorent les travailleurs de son temps, mais avec cela soucieux de ne pas exercer cette méthode à faux ni dans le vide tout aussi bien que de ne pas substituer une vaine érudition à l’effort personnel et constructif, ce savant, au fond de sa conscience, se reconnaît la responsabilité d’un homme d’action, et les Tchèques ne se sont pas mépris sur son œuvre en l’inscrivant dans leur histoire comme un des « actes » qui ont contribué à la restauration de leur indépendance nationale. Aussi bien l’historien de la Bohême, instruit par trois années de séjour à Prague de l’unité relative du monde slave, avait-il la curiosité et la largeur de vues d’un slaviste : l’expérience directe des Slaves de l’Est et du Sud lui faisait malheureusement défaut, mais il avait appris, en plus du tchèque, le russe et le polonais, et il s’était préoccupé de traduire en français l’Histoire des Bulgares, de Jireček (traduction demeurée manuscrite), ainsi que le premier volume, qui rend encore tant de services aux débutants, de l’Histoire des littératures slaves, de Pypine et Spasowicz (1884). Plus tard, devenu professeur à la Sorbonne, il consacrera souvent ses cours à la Russie ou aux problèmes politiques des Balkans (l’un de ses derniers ouvrages traitera de la Grande Serbie, 1915). Ernest Denis avait la science qu’il fallait pour occuper une chaire d’histoire des peuples slaves : cette chaire a été créée en mémoire de lui et, comme il était juste, elle a reçu son nom.
Le domaine du Sud, à défaut d’un maître aussi éminent, avait, durant la même période, ses explorateurs : on ne saurait négliger les travaux d’Albert Dumont, de Léon Heuzey, du baron Adolphe d’Avril, ni surtout d’Émile Picot (les Serbes de Hongrie, 1873) et d’Auguste Dozon (Chansons populaires bulgares inédites, 1874 ; l’Epopée serbe, 1888).

IV. — LES NOUVEAUX FOYERS D’ENSEIGNEMENT

Ainsi le progrès des études slaves après 1870 est manifeste. Le contact direct avec le pays, le travail sur le terrain l’ont favorisé, et l’un et l’autre n’ont été rendus possibles que par la connaissance de la langue, condition préalable de tout travail de première main. C’est faute de cette connaissance que la bonne volonté de plus d’un historien s’est trouvée paralysée : celles d’Alfred Vandal, de Léonce Pingaud, plus tard de Pierre de Nolhac, de Pierre Mokane et de Pierre Boyé. L’École des langues orientales, par bonheur, ajoute alors un nouveau foyer à celui du Collège de France. Louis Leger y inaugure un cours de serbo-croate (1874), puis occupe la chaire de russe (de 1876 à 1885). Il a pour successeur Auguste Dozon, moins familier avec le russe qu’avec les langues du Sud (de 1885 à 1891). Enfin, à partir de 1891, Paul Boyer prend en main l’enseignement du russe. D’autre part, A. Meillet, qui, sur le conseil de Paul Boyer, s’était orienté vers le slave dès 1890, va bientôt consacrer régulièrement l’un de ses cours de l’École des hautes études à la grammaire comparée des langues slaves ou au vieux slave. L’action coordonnée de ces deux maîtres, l’un et l’autre linguistes et élèves de Ferdinand de Saussure, va donner aux études slaves une vie nouvelle.
Le volume de Mélanges publié en 1925 suffirait à témoigner, s’il en était besoin, de l’influence féconde que Paul Boyer exerce depuis de longues années sur tous ceux qui ont eu l’avantage d’être ses auditeurs. Il n’est pas seulement le grammairien précis et ferme que l’on connaît par le mémoire sur l’Accentuation du verbe russe (1895) et par le Manuel de la langue russe (1905), mais encore un admirable professeur d’histoire de la civilisation russe, qui sait donner à ses élèves le sentiment de cette civilisation et le désir de s’engager, chacun suivant sa curiosité, dans les voies les plus diverses. Il est aussi l’organisateur qui a su constituer à l’École des langues orientales la bibliothèque russe qui manquait aux travailleurs, assurer aux jeunes en toutes circonstances les séjours en Russie qui leur étaient indispensables, et, en 1911, fonder à leur intention, avec M. Paul Doumer, l’Institut français de Pétersbourg, dont l’activité continue à s’affirmer par la publication d’une collection de travaux. C’est à l’école de Paul Boyer que se sont formés, depuis 1891, la plupart des russisants français ; c’est son enseignement qui a suscité le plus grand nombre des thèses de doctorat es lettres consacrées à la Russie. Il n’est personne qui ait donné aux études russes en France une impulsion aussi forte.
Indépendamment de Paul Boyer, mais dans un esprit de collaboration renforcé par les liens d’une vieille amitié, A. Meillet a exercé une action également féconde sur un autre domaine : celui du vieux slave et du slave commun, dont tout slaviste, si même il n’est pas linguiste, doit avoir au moins une vue d’ensemble. Nos étudiants ont eu le privilège d’être dirigés par l’un des plus grands maîtres de la linguistique indo-européenne dans leur apprentissage de la grammaire comparée des langues slaves et dans leur étude de la langue qui a été au Moyen Âge, sous des formes légèrement différentes (slavon-bulgare, slavon-serbe, slavon-russe), la langue littéraire de tous les Slaves orthodoxes. Leur dette à tous est grande envers A. Meillet, et combien d’étrangers, qui sont aujourd’hui des maîtres dans leur pays, en ont aussi leur part ! C’est, à dire vrai, la linguistique slave elle-même, en tant que discipline, qui est redevable de quelques-uns de ses progrès les plus sûrs à l’auteur des Recherches sur le génitif-accusatif en vieux slave (1897), des Études sur l’étymologie et le vocabulaire du vieux slave (1902-1905), du Slave commun (1924) : elle lui doit non seulement la solution de plus d’un problème particulier, mais aussi d’avoir gagné en netteté, en critique, en esprit de synthèse. Il n’est pas besoin de dire que tous ceux des jeunes qui, en France, se sont consacrés à cette discipline, y ont été initiés par A. Meillet, qu’ils ont reçu de lui le goût de la recherche et que leurs travaux portent la marque de son enseignement.
D’autre part, des créations intervenaient : la langue et la littérature russes étaient installées à la Faculté des lettres de Lille en 1892, puis, quelques années plus tard, en 1902, à la Sorbonne. C’est à Émile Haumant que revint l’honneur d’inaugurer successivement ces deux foyers nouveaux ; il eut pour successeur à Lille André Lirondelle et à Paris Jules Legras qui, depuis de longues années, avait pris l’heureuse initiative de faire une place au russe à la Faculté des lettres de Dijon. L’histoire de la littérature et de la civilisation est le domaine préféré de ces travailleurs. On doit notamment à Émile Haumant une esquisse historique de la Russie au XVIIIe siècle (1902), une enquête agréablement conduite sur la Culture française en Russie (1910, et 2e édition, 1913), deux monographies alertes sur Ivan Tourguénief (1904) et sur Alexandre Pouchkine (1911), et la mise à jour des sixième et septième éditions (1913 et 1918) de l’Histoire de Russie d’Alfred Rambaud. André Lirondelle, qui a étudié Shakespeare en Russie (1913) et consacré au poète Alexis Tolstoï (1913) un livre auquel il n’est pas d’égal jusqu’à ce jour en Russie même, a su développer chez ses élèves le sentiment de la littérature et des choses russes. Jules Legras a continué avec talent la tradition des voyageurs de jadis par deux livres spirituels et vivants, Au pays russe (1895) et En Sibérie (1898), et par le curieux document de ses Mémoires de Russie (1921) ; il a brossé aussi une Littérature en Russie (1929) qui réserve aux lecteurs le plaisir et les surprises d’une critique résolument impressionniste.
Une série de travaux, dont la plupart sont des thèses de doctorat, atteste, de 1890 à 1920, l’effort des slavistes français.
Ainsi, dans le domaine russe, Émile Duchesne répond au besoin des historiens en leur apportant la traduction française, avec introduction et commentaire, de deux textes fondamentaux de la littérature vieux-russe, le Domostroï (1910) et le Stoglav ou les Cent chapitres (1920) ; il évoque d’autre part la vie et l’œuvre de Lermontov (1910). J. Patouillet présente un tableau à la fois fouillé et net du Théâtre de mœurs russes des origines à Ostrovski (1912) et dote l’histoire littéraire du travail le plus solide sur Ostrovski et son théâtre de mœurs russes (1912). Louis Hautecœur dresse le bilan de l’Architecture classique à Saint-Pétersbourg à la fin du XVIIIe siècle (1912). On sait quel est le prix, pour l’histoire littéraire et en particulier pour la connaissance du comte Léon Tolstoï, des documents publiés par Charles Salomon, — pour l’histoire diplomatique et religieuse, des nombreux mémoires du P. Pierling sur les relations entre Rome et Moscou, — pour l’étude de l’expansion moscovite vers l’Extrême-Orient, des recherches de Gaston Cahen sur les Russes en Sibérie et en Chine au XVIIIe siècle, — et, pour la connaissance des institutions, de la thèse du regretté Pierre Chasles : le Parlement russe, son organisation, ses rapports avec l’empereur (1910). Il n’est que juste aussi de rappeler l’activité, en tant qu’archéologue et que collectionneur, du marquis Joseph de Baye.
Les travaux sont moins nombreux dans le domaine slave du Sud, mais il en est plusieurs qu’on ne saurait négliger, comme ceux de Léon Lamouche qui doit à sa connaissance des langues et à sa pratique des hommes et des réalités locales l’expérience d’un véritable balkaniste, ou comme l’étude sur la Dalmatie de 1797 à 1815 (1893) de Paul Pisani, la relation de voyage de Victor Bérard sur la Macédoine (1896), l’essai de géographie historique du regretté Gaston Gravier sur les Frontières historiques de la Serbie (1919). Les relations des Bulgares et des Serbes avec Byzance, durant le Moyen Âge, sont éclairées par les beaux ouvrages de Gustave Schlumberger et de Charles Diehl.
L’histoire des Slaves d’Autriche et de Hongrie inspire, outre les derniers travaux de Louis Leger et d’Ernest Denis, le livre important de Louis Eisenmann sur le Compromis austro-hongrois de 1867 : étude sur le dualisme (1904). L’abbé Auguste Berga écrit une page capitale de l’histoire de la littérature polonaise du XVIe siècle : Pierre Skarga (1916). Le P. A. Lapotre apporte une contribution de premier ordre à l’histoire de la mission en Moravie de Constantin et de Méthode dans son ouvrage sur l’Europe et le Saint-Siège à l’époque carolingienne (1895).
La slavistique française, d’autre part, reçoit une aide, à laquelle elle se doit de rendre hommage, dans les ouvrages écrits en français de Grégoire Yakschitch sur l’Europe et la Résurrection de la Serbie (1907), de V. M. Yovanovitch sur la Guzla de Prosper Mérimée (1911), de Hanuš Jelinek sur la Littérature tchèque contemporaine (1912), d’Hélène Tourzer sur Louis Stur et l’idée de l’indépendance slovaque (1913), de Jovan Cvijić sur la Péninsule balkanique (1918), et surtout de nombreux écrivains de « la nation polonaise en France », parmi lesquels il faut retenir au moins les noms de Gasztowt, Ladislas Mickiewicz, K. Waliszewski, Teodor de Wyzewa, Z.-L. Zaleski, sans prétendre énumérer même les œuvres principales d’une « littérature » qui attend encore son historien.

V. — L’ORGANISATION DES ÉTUDES SLAVES À PARTIR DE 1920

La guerre de 1870-1871 n’avait pas été étrangère au mouvement qui avait dirigé vers les études russes un certain nombre de jeunes Français. Il fallut la guerre de 1914-1918 pour éclairer l’opinion sur le rôle qui incombe, dans l’Europe restaurée, aux peuples nouvellement constitués en États indépendants. Les études slaves eurent ainsi l’avantage de se trouver portées comme à l’ordre du jour, et elles durent à cette faveur momentanée un progrès décisif.
Le programme, d’abord, en fut élargi. Le polonais, le tchèque, le serbo-croate et le bulgare trouvèrent à l’École des langues orientales la place qui leur était due. Un nouvel enseignement du russe, institué à la Faculté des lettres de Lyon pendant la guerre, était pourvu du titulaire le plus autorisé en la personne de J. Patouillet, ancien directeur de l’Institut français de Pétersbourg. Les langues et les littératures slaves furent introduites à la Faculté des lettres de Strasbourg. Une chaire d’histoire des peuples slaves, sur la généreuse initiative du gouvernement tchécoslovaque, était fondée à la Sorbonne en mémoire d’Ernest Denis. Enfin, en 1932, l’École des hautes études, soucieuse d’assurer la continuation de renseignement fécond donné pendant de longues années par A. Meillet, s’adjoignait une direction d’études des langues et littératures slaves au Moyen Âge. Il n’est pas jusqu’aux Facultés libres de Lille qui ne tinrent à attester, par la création de cours de polonais, de russe et de tchèque, l’intérêt que porte la société catholique à l’avenir du monde slave.
Il ne suffisait pas, cependant, de multiplier les enseignements pour remédier aux deux maux qui ralentissaient le progrès de nos études : la dispersion des efforts à l’intérieur du pays et l’isolement partiel des spécialistes faute de relations suffisantes avec leurs confrères étrangers. La slavistique française ne coordonnait pas ses ressources et, n’ayant pas encore sa tradition scientifique propre, elle ne se rattachait pas non plus à la grande tradition de la slavistique de l’Europe centrale et orientale, si bien que, quelques travaux, et du premier ordre, qu’elle eût produits, elle paraissait parfois comme en marge du puissant mouvement de recherches que cette discipline inspirait à l’étranger. Cette situation fâcheuse s’accompagnait d’autres inconvénients : une certaine difficulté à se dégager des travaux de vulgarisation ou tout au moins de seconde main, nécessaires au début, utiles encore et même désirables à la seule condition de ne pas être substitués aux recherches originales ; un recrutement des étudiants plus fortuit que rationnel, et où autodidactes et amateurs tenaient trop de place ; l’illusion fréquente, chez ceux qui prétendaient se spécialiser, de pénétrer dans une forêt vierge où bientôt, et sans effort, ils régneraient en maîtres ; l’ignorance du patrimoine laborieusement acquis durant la seconde moitié du siècle dernier ; le voisinage de la politique et des propagandes et la tentation des renommées faciles ; la confusion du domaine des connaissances pratiques et de celui de la science.
Il fallait rassembler les slavistes français et leur assurer en même temps le contact avec leurs confrères étrangers. Nul mieux qu’Ernest Denis n’avait senti cette double nécessité ; nul n’avait mieux compris qu’un foyer d’organisation était indispensable : un Institut d’études slaves, — et telle fut l’œuvre dont il eut le temps de jeter les fondements avant sa mort, laissant à ses collaborateurs le soin de la continuer sans lui. À cette œuvre, que les jeunes États slaves ont libéralement aidée, les slavistes français ont apporté tout leur effort. Pratique d’une collaboration salutaire entre professeurs, coordination des enseignements, assistance aux étudiants par la distribution de bourses de séjour dans les divers pays slaves, fondation d’une bibliothèque et d’un centre de publications disposant d’un organe semestriel, la Revue des études slaves, et riche déjà de plusieurs collections (Manuels, Travaux, Collection historique, Collection de grammaires, Textes, Bibliothèque polonaise), institution de conférences et de concerts : tels sont les résultats. Le nouvel Institut a témoigné par la variété même des formes de son activité du devoir qu’il se fait d’être hospitalier à toutes les disciplines qui entrent dans le cadre des études slaves.
Aussi bien les travailleurs, depuis 1920, se sont-ils orientés vers les domaines les plus divers. La linguistique retient plus particulièrement, mais sans les prendre pourtant tout entiers, Léon Beaulieux, l’auteur de la meilleure grammaire du bulgare moderne ; Lucien Tesnière, qui donne avec autorité l’exemple de la géographie linguistique appliquée à une langue slave ; André Vaillant, à qui nous devons le modèle de l’édition critique d’un texte vieux-slave et, à l’occasion d’une étude sur la langue d’un écrivain ragusain, l’examen de la plupart des problèmes principaux que pose l’histoire du serbo-croate ; enfin Boris Unbegaun, qui se spécialise dans l’histoire du vieux russe et du serbe littéraire, et Marc Vey, qui conduit ses recherches à la fois dans le domaine du slovaque oriental et dans celui des Slaves du Sud. Daniel Essertier, enlevé à sa tâche avant l’heure, avait entrepris avec succès de renseigner le public français, par la Revue française de Prague, sur l’histoire de la civilisation et plus particulièrement du mouvement philosophique en Bohême ; Louis Eisenmann donne de la Tchécoslovaquie un tableau d’ensemble rapide mais net, et André Tibal en esquisse la vie constitutionnelle et politique. Henri Grappin s’est voué aux études polonaises en leur ensemble, et il nous permet d’en suivre régulièrement le progrès dans sa chronique de la Revue des études slaves ; Jacques Langlade évoque l’histoire littéraire de la Renaissance en Pologne à travers l’œuvre de Kochanowski ; l’abbé Pierre David étudie l’histoire de la Pologne au Moyen Âge, et Abel Mansuy à l’époque napoléonienne ; Paul Cazin marque la place de Krasicki dans la Pologne du XVIIIe siècle. Le regretté Antoine Martel avait cherché à définir l’action de Lomonosov dans la fixation du russe littéraire, et il s’était réservé le canton peu connu et singulièrement complexe des relations intellectuelles entre la Pologne et les pays ruthènes durant la seconde moitié du XVIe siècle et la première partie du XVIIe. Le P. Rouët de Journel continue les études du P. Pierling sur les relations entre Rome et Moscou et sur le sentiment catholique en Russie ; Pierre Pascal s’attache à la personnalité saisissante du protopope Avvakoum. Georges Dumézil apporte un regain de jeunesse à l’étude des mythes dans les bylines russes et dans les légendes du Caucase. L’histoire de la pensée russe est vigoureusement éclairée par les livres si personnels d’Alexandre Koyré sur la philosophie et le problème national en Russie et de Raoul Labry sur Alexandre Herzen ; elle reçoit un document instructif dans l’œuvre du chanoine Charles Quénet sur Tchaadaev. Henri Mongault publie, en critique averti et en historien de la littérature, la partie russe des œuvres de Mérimée. André Pierre nous dote du premier manuel sur la Russie soviétique. La philosophie de l’histoire est spirituellement interprétée par Étienne Fournol, pour autant qu’il s’agit des « nations romantiques », dont un bon nombre sont des nations slaves. Émile Haumant couronne sa carrière d’enseignement par la première histoire complète des pays qui ont concouru à la formation de la Yougoslavie, et Jean Dayre éclaire, par des enquêtes précises, le domaine riche, mais encore mal connu, des relations littéraires entre Raguse et l’Italie ; Raymond Warnier et Albert Mousset s’attachent, chacun d’un point de vue différent, à l’observation des faits contemporains dans le nouvel État slave du Sud. L’histoire de l’art est redevable à Gabriel Millet de magnifiques recherches sur l’art serbe au Moyen Âge, à André Grabar de la révélation d’une école d’art bulgare à la même époque, à Denis Roche de plusieurs études sur l’art français en Russie, et à Louis Réau d’excellents ouvrages d’ensemble, les premiers hors de Russie, sur l’art russe tant ancien que moderne. La géographie elle-même, à laquelle Élisée Reclus avait apporté de beaux essais de synthèse et Jean Brunhes quelques tableaux suggestifs, est représentée, pour la Tchécoslovaquie et la Pologne, par Emmanuel de Martonne, qui a donné une impulsion décisive aux travaux concernant l’Europe orientale ; pour la Russie, par P. Camena d’Almeida, à qui la Faculté des lettres de Bordeaux a été redevable quelque temps d’un enseignement bénévole du russe ; pour la Bosnie et la péninsule balkanique par Yves Chataigneau, et pour la Slovaquie par Pierre Deffontaines. Plusieurs jeunes slavisants enfin, qui n’ont écrit jusqu’à ce jour que des travaux fragmentaires, promettent de justifier, par l’achèvement prochain de thèses de doctorat ressortissant à des disciplines différentes, les espoirs qu’ils ont suscités.
Le genre de la traduction, par un heureux contre-coup du progrès des études slaves, s’est trouvé porté à un rare degré de probité et d’art. Il suffira de rappeler les noms, pour le polonais, de Paul Cazin et de F. Schœll, pour le tchèque de Jules Chopin (Pichon), pour le russe de Henri Mongault et de Charles Salomon et aussi de Jean Chuzeville, Louis Jousserandot, Albert Mousset, Denis Roche.
On ne saurait mentionner ces travailleurs français sans rappeler que l’Institut d’études slaves a reçu, pour le développement de ses publications, le renfort de maîtres tels que Lubor Niederle, Mathias Murko, Stefan Kul´bakin, Ladislas Konopczyński, Jean Rutkowski, et de jeunes savants et savantes comme F. Dvorník, Anna Heyberger, Melitta Pivec-Stelè, Stoyan Djoudjeff, qui ont préparé en contact étroit avec des maîtres français les thèses qu’ils devaient soutenir devant l’Université de Paris. Ainsi se trouve réalisée une collaboration dont les premiers résultats nous autorisent à faire confiance à l’avenir.
La Revue des études slaves, publiée par les soins de l’Institut d’études slaves, depuis 1921, sous la direction de A. Meillet et Paul Boyer, s’applique à favoriser cette collaboration sur le terrain scientifique : elle accueille côte à côte les articles des savants slaves et des savants français et établit une chronique bibliographique des principaux travaux consacrés à la slavistique. Le Monde slave, qu’Ernest Denis, son fondateur, avait dirigé en 1917 et en 1918, et qu’une heureuse intiative a rappelé à la vie, sous la direction de Louis Eisenmann, Étienne Fournol, Auguste Gauvain, Jules Legras et Henri Moysset, a l’avantage d’atteindre le grand public, ou tout au moins un cercle de lecteurs plus étendu que celui des spécialistes : largement ouvert à toutes les questions et assuré du concours des écrivains les plus autorisés, il contribue avec succès à la connaissance des choses slaves et au rayonnement des études dont elles sont l’objet.
Il a été fait, d’autre part, un grand effort pour « équiper » convenablement les fonds slaves des bibliothèques de Paris et des universités de province : les slavistes français en sont surtout redevables au dévouement de quelques-uns des leurs, comme André Laronde et Jean Porcher, et à la générosité de certains donateurs, comme Grégoire Stchoukine, Antoine Scheikiévitch, le marquis Joseph de Baye, P.-Z. aristophron, Modeste Hofmann, Antoine Martel et Charles Salomon. Les ressources qu’offrent ces fonds ont commencé à être coordonnées par Boris Unbegaun, dans son Catalogue des périodiques slaves et relatifs aux études slaves des bibliothèques de Paris (1929), et par Wilfrid Lerat et Alexandra Dumesnil, à qui la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine du Musée de la Guerre a confié la publication de l’inventaire de son fonds russe.
La Société des slavisants, fondée en 1926, permet aux travailleurs, par des réunions mensuelles, de se mettre réciproquement au courant des questions qu’ils étudient et de les examiner en commun : elle a pour but d’encourager la recherche désintéressée, garante du progrès de nos études et de leur indépendance.

André MAZON.

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